La newsletter — Numéro 01 — Avril 2026
Design · Héritage · Inspirations Afro Chic
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Bienvenue dans L’Ancrage, la newsletter mensuelle d’Inianga Design. Chaque mois, un ancrage dans l’essentiel : des inspirations Afro Chic, des conseils déco, les coulisses du studio et les portraits de nos artisans partenaires.
Pour ce premier numéro, nous avons le plaisir de vous présenter Jurgen — fondateur de From Jungle Tembé.
Du fleuve Suriname à Toulouse — Jurgen sculpte la mémoire africaine dans le bois
From Jungle Tembé · Sculpture sur bois · Bordeau

| 🌿 L’HISTOIRE & LES ORIGINES |
Jurgen, qui êtes-vous et d’où venez-vous ?
Je m’appelle Jurgen et je suis franco-surinamais. Mon père vient du Suriname, un pays en Amérique du Sud, et ma mère est française. J’ai vécu en Guyane pendant quelques années — vers 18-19 ans, je suis parti là-bas pour vivre avec mon père. C’est pendant cette période que je me suis intéressé à la sculpture. Ça a commencé simplement par faire des peignes pour des filles de ma famille ou des amies qui m’en demandaient.
Comment est née From Jungle ? Il y a eu un déclic ?
« Jungle », c’était mon surnom quand j’étais plus jeune. Et la sculpture, c’est notre vie : nous sommes des Saramaka, un peuple qui vit sur le fleuve Suriname, en pleine forêt amazonienne. Donc « From Jungle », ça vient de la forêt et ça vient de moi. J’ai trouvé que c’était un bon compromis pour donner un nom à ce que je faisais. Je rajoute souvent « Tembé » derrière, parce qu’en langue saramaka, « tembé » signifie le bois et, par extension, le travail du bois.
C’est un chemin. Ça a commencé grâce à mon grand-père — son cousin en réalité, mais c’est mon grand-père — qui m’a appris petit à petit la sculpture pendant le COVID, quand je suis allé vivre avec ma grand-mère. La sculpture a été un exutoire pour moi, après une douleur sentimentale. Et quand tu plantes quelque chose et tu récoltes, tu es fier de ce que tu as fait avec tes mains. C’est la même chose avec le bois.
Pourquoi les tabourets et les peignes, et pas autre chose ?
Chez nous, on fait les ustensiles de cuisine, les bateaux, les tabourets, les tambours, les pagaies… Moi, j’ai eu l’opportunité de voir mon grand-père faire les peignes, et c’est comme ça que ça a commencé. Puis je suis allé dans le village de mon autre grand-père, et là, son frère fait les tabourets. Une fois que j’ai maîtrisé les peignes, je me suis mis au tabouret. Ensuite viendront les pagaies, les maisons, les tambours… Le chemin est encore long.

| 🪵 LE TRAVAIL & LES MATIÈRES |
Décrivez-nous votre processus de création, de l’idée à la pièce terminée.
Je travaille de deux façons différentes. Soit à l’inspiration personnelle : s’il y a une situation qui m’a touché sentimentalement, je me demande comment la retranscrire sur le bois. Ça part sur un dessin au compas, puis la découpe avec mes couteaux, ma perceuse, mes scies. C’est le côté artistique : faire passer un message à travers un objet.
De l’autre côté, il y a le côté plus artisanal : on fait un objet pour son utilité, et on met de la beauté par-dessus. C’est la dextérité technique. Dans tous les cas, il y a une phase dessin, une phase découpe, puis ponçage, vernissage, et enfin les photos — qui sont importantes, évidemment.
Et vos matières premières ?
En Guyane, on va en forêt avec mes oncles ou mon père, et on coupe les arbres dont on a besoin. C’est vraiment direct : ça vient de la forêt, ce n’est pas du blabla. Maintenant que je suis en France, c’est mon père qui m’envoie le bois par colis. Pour les tabourets, j’achète de l’acajou d’Afrique, un bois similaire à ce qu’on travaille chez nous.
Quelle est la pièce dont vous êtes le plus fier ?
En y réfléchissant, il y a un peigne que j’ai appelé « Jeu de dame ». C’est un double sens : le vrai jeu de dames avec son plateau, et « jeu de dame » comme jeu de la femme. Il y a un plateau au milieu, et deux entrelacs de chaque côté qui représentent la femme qui gère le jeu. C’était l’un de mes derniers modèles inspirés par ma muse, et il est magnifique.
Il y a aussi « La Robe » — la silhouette féminine avec ses courbes bien marquées. Toujours la même dame. Ce n’est pas la robe en soi : je voulais immortaliser ses courbes. Chez nous, c’est vraiment ça : on crée des cadeaux pour les femmes qu’on aime. L’inspiration est très souvent romantique et sentimentale.
« Je ne fais pas de répliques — je fais une pièce qui m’a inspiré, et je ne la refais pas. Chaque pièce a son histoire, son pourquoi. »
| ✨ LA VISION & LES VALEURS |
Qu’est-ce que vous voulez que les gens ressentent en voyant vos pièces ?
Quand je fais un marché, j’aime voir les gens étonnés. Ils disent « Waouh, c’est magnifique ! » Et quand tu leur dis « Tu fais ça toi-même », ils répondent « Tu as beaucoup de talent. » Ça fait plaisir. Nos outils ne sont pas seulement esthétiques, ils sont usuels — mais on a mis de l’esthétisme dans l’usuel. C’est beau et en même temps utile.
Il y a aussi le toucher. J’ai créé un motif que j’appelle « kamamba » — comme les scarifications que les femmes et les hommes font sur leur corps. Quand tu touches, tu te dis : « Waouh, il y a des creux, il y a toute une histoire derrière. »
Quelle place occupe l’héritage africain dans votre travail ?
Notre histoire est simple : on était des Africains, il y a eu l’esclavage, on a été déportés en Amérique du Sud. Dès la fin du XVIIe siècle, les Saramaka se sont enfuis des plantations dans la forêt. Ils ont gardé les traditions, les danses, la nourriture, la sculpture, leur façon de vivre, leurs prénoms. On a eu un mélange de toutes les cultures africaines — royaumes du Dahomey, du Ghana, des Ashanti, de l’Afrique centrale — et on les a préservées.
Quand vous voyez nos tenues traditionnelles, vous pensez qu’on est Africains parce qu’on a les mêmes tenues que les Akan et les Ashanti du Ghana. Même nos tabourets ressemblent aux leurs. L’héritage africain est dans tout, vraiment tout.

Votre vision pour From Jungle dans 3 ans ?
Avoir plus de gammes de produits différents : les pagaies, les maisons, les tambours… Et continuer à apprendre. Si je suis tout seul, je ferai mon chemin petit à petit. Mais si d’autres personnes peuvent s’associer pour la sculpture, pour avoir plus de quantité aussi… Et la collaboration avec Inianga Design, c’est fort : faire de la décoration d’intérieur pour les gens, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse beaucoup.
« L’héritage africain est dans tout — nos danses, notre nourriture, notre sculpture, notre façon de vivre. On l’a gardé, préservé, et on continue. »
| 🤝 LA COLLABORATION AVEC INIANGA DESIGN |
Quand vous avez découvert l’univers d’Inianga Design, qu’est-ce qui vous a parlé ?
Ça m’a touché. J’ai dit « Waouh ». Franchement, je n’y avais jamais pensé : la décoration d’intérieur afro-chic. Et ça rentre totalement dans le thème. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Moi, je suis sculpteur. Il faut des gens qui ont l’idée de vouloir faire de la décoration d’intérieur avec des produits africains, les mettre en valeur pour que ce soit disponible pour les gens. Chapeau.
Comment imaginez-vous une de vos pièces dans un espace Inianga Design ?
Facile. Si c’est du mobilier, ça fait simplement partie du mobilier de la maison. On peut avoir une pièce totalement décorée, un véritable univers — ou alors une touche : un tabouret comme table basse avec du verre par-dessus pour protéger le bois, des miroirs sculptés, des grands panneaux de sculpture posés comme des tableaux. Notre bois, c’est une matière marron qui va très bien avec du beige, du crème.
Chez certaines femmes, vous voyez des spatules pour la cuisine, toutes sculptées magnifiquement. Au marché, beaucoup de gens m’ont dit « Je veux un peigne mais pas pour l’utiliser — juste pour le mettre au mur, encadré. » Des coiffeurs en ont pris pour leur salon. Ça s’intègre partout.
Et qu’attendez-vous d’un partenaire ?
Deux choses. D’abord la qualité — dans les deux sens. Mon travail doit être de qualité, mais celui du partenaire aussi. Si la qualité manque d’un côté, ça dénigre le travail de l’autre. Et ensuite : une relation win-win, gagnant-gagnant. Il ne faut pas que je vende mes pièces à un prix qui ne me correspond pas, et que l’autre puisse en être bénéficiaire. Chacun doit y trouver son compte.
« Tant qu’on est sur le chemin ensemble, on marche ensemble. Et quand chacun doit aller de son côté… voilà, c’est ça. »
| 🌱 POUR FINIR — UN MOT DE JURGEN |
Avez-vous quelque chose à ajouter pour nos lecteurs ?
Je peux vous remercier pour l’opportunité, la mise en lumière, l’intérêt. On espère qu’on pourra collaborer, pour que chacun puisse se retrouver dans ses projets. Que ça dure le temps que ça doit durer — on ne dit pas que ça doit être éternel. Mais tant qu’on est sur le chemin ensemble, on marche ensemble. Et quand chacun doit séparer son chemin et aller de son côté… voilà, c’est ça.
| Retrouvez les créations de Jurgen sur Instagram : @fromjungle_ Pièces sur commande · Délai : environ 1 mois · De 50€ à 70€ pour les peignes et 80€ à 175€ pour les tabourets. |















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